Le Canada a la science. A-t-il la stratégie pour devenir une puissance des sciences de la vie?

Le Canada a la science. A-t-il la stratégie pour devenir une puissance des sciences de la vie?

Coécrit par Matthew Carlyle, President and CEO, adMare BioInnovations; Maura Campbell,  President and CEO, OBIO; Jason Field, President and CEO, Life Sciences Ontario; Benoît Larose, President and CEO, BIOQuébec; Wendy Hurlburt, President and CEO, Life Sciences BC; Grace Lee Reynolds, CEO, MaRS; Prakash Gowd, Interim CEO, Toronto Innovation Acceleration Partners; Véronique Dugas, President and CEO, CQDM; Maxime Pesant, Private Placements and Impact Investing | Life Sciences, Fonds de solidarité FTQ; and Stéphanie Doyle, President and CEO, Montréal InVivo.

Le groupe sur le secteur des produits pharmaceutiques et des sciences de la vie est arrivé à un moment charnière. Alors que le Canada amorce les négociations entourant l’ACEUM et doit composer avec les politiques américaines de prix des médicaments dites de la « nation la plus favorisée » (Most-Favoured Nation ou MFN), le groupe de travail s’est vu confier un double mandat : renforcer un accès fiable et durable aux médicaments, tout en définissant des solutions canadiennes pour stimuler l’innovation, la compétitivité et la croissance à long terme. Ce ne sont pas des objectifs distincts. Lorsqu'elle est bien menée, la réponse aux exigences de la clause de la nation la plus favorisée (NPF) et le renforcement de l'industrie canadienne des sciences de la vie s'inscrivent dans une seule et même stratégie. Une stratégie qui crée de la valeur tout au long de la chaîne de valeur et qui positionne le Canada comme une véritable puissance des sciences de la vie.

La politique MFN met en lumière une tension que le Canada gère depuis longtemps : notre système de santé public doit préserver un accès abordable aux médicaments, alors que les décisions concernant les prix et l’accès au marché influencent également les choix des entreprises mondiales en matière d’investissement en R-D, d’essais cliniques, de fabrication, de partenariats et d’introduction de nouvelles thérapies auprès des patients. Cette tension est bien réelle. Toutefois, y répondre uniquement par des politiques de prix constituerait une occasion historique manquée. 

Car l’enjeu dépasse la simple gestion des pressions extérieures. Il s’agit de déterminer si le Canada choisira de prendre sa place dans ce qui façonnera l’avenir. 

Une occasion générationnelle, si nous agissons avec détermination

Les sciences de la vie figurent parmi les secteurs les plus dynamiques au monde. Les investissements mondiaux en biotechnologie, technologies médicales et R-D pharmaceutique s’accélèrent, alimentés par les percées dans les thérapies à ARN, l’oncologie de précision, la découverte de médicaments assistée par l’intelligence artificielle ainsi que les dispositifs médicaux et diagnostics de nouvelle génération. Les pays qui captent une part disproportionnée de cette croissance sont ceux qui disposent de cadres stratégiques cohérents, de capitaux patients, de mécanismes d’accès au marché concurrentiels et de bassins de talents solides. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne mettent tous en œuvre des stratégies sophistiquées pour attirer les capitaux et les investissements mondiaux, faire émerger des entreprises d’ancrage et renforcer leurs capacités souveraines

Nous disposons déjà des actifs fondamentaux : des universités et des centres hospitaliers de calibre mondial, une main-d’œuvre scientifique hautement qualifiée et une solide feuille de route en matière de recherche translationnelle. Cependant, pour transformer ces atouts en entreprises plus attrayantes pour les investisseurs, concurrentielles à l’échelle mondiale, capables de croître, de prendre de l’expansion et de demeurer ancrées au Canada, il faut un environnement stratégique coordonné. Celui-ci doit couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur des sciences de la vie, de la découverte à l’investissement, en passant par le développement clinique, l’approbation réglementaire, la fabrication, l’accès au marché et l’établissement des prix. 

La pandémie de COVID-19 a révélé le coût d’une dépendance excessive envers des chaînes d’approvisionnement étrangères. Renforcer les capacités nationales dans les sciences de la vie est désormais une question de sécurité économique et nationale et s’inscrit, à juste titre, dans la stratégie industrielle de défense du pays. 

Le maillon manquant

La politique MFN met l’accent sur les prix et l’accès au marché. Il s’agit également d’enjeux essentiels pour les patients, les payeurs, les établissements de santé, les investisseurs, les gouvernements ainsi que les entreprises canadiennes émergentes en biotechnologie et en technologies médicales. Les entreprises mondiales peuvent générer des investissements en R-D, des activités d’essais cliniques, des emplois manufacturiers et l’arrivée de médicaments innovants dont le Canada a besoin. 

Il est tout aussi important de s’attaquer au « maillon manquant » : l’écart entre la découverte scientifique et l’émergence d’une entreprise en mesure de mobiliser des capitaux importants et de passer à l’échelle. Pour combler cet écart, il faut un accès au financement de démarrage et financement de démarrage et de croissance, des dirigeants expérimentés, des infrastructures adaptées et des parcours prévisibles pour l’adoption et le remboursement des innovations. À défaut, le Canada continuera d’être une source d’idées qui sont développées, mises à l’échelle et établies ailleurs. 

L’investissement et l’accès vont de pair

Les pays qui tireront leur épingle du jeu dans ce nouvel environnement seront ceux qui sauront alimenter un solide bassin d’innovations nationales, créer davantage de valeur sur leur territoire grâce à des entreprises qui y naissent et y croissent, attirer durablement les investissements internationaux et préserver des capacités stratégiques dans les thérapies de pointe, les technologies médicales et la fabrication.  Sans stratégie globale, le Canada risque de devenir ce qu’il ne doit surtout pas être : un marché de référence axé sur les prix, un consommateur d’innovations développées ailleurs et un acteur marginal dans la définition de l’avenir du secteur. 

Rien de tout cela ne remet en question l’importance d’un accès bordable aux médicaments et aux technologies de la santé, auquel les Canadiennes et les Canadiens sont en droit de s’attendre. Mais l’abordabilité, l’accès et l’innovation ne sont pas incompatibles. Au contraire, une industrie canadienne des sciences de la vie plus forte permet un accès plus rapide aux nouvelles thérapies, une plus grande sécurité des approvisionnements, des partenariats plus solides avec les entreprises internationales et un système de santé qui bénéficie des retombées économiques d’un secteur que nous avons contribué à bâtir. 

L’investissement et l’accès ne s’opposent pas : ils se renforcent mutuellement. 

Prendre en main l’avenir des sciences de la vie au Canada

Alors que le gouvernement fédéral poursuit l’élaboration de sa stratégie en sciences de la vie, une approche intégrée tenant compte des réalités d’un environnement mondial en profonde transformation s’impose. Cela signifie reconnaître la création d’entreprises et leur croissance au pays comme des piliers fondamentaux de la compétitivité et de la sécurité nationales; renforcer les mécanismes qui soutiennent le passage de la découverte à la commercialisation, notamment par la protection de la propriété intellectuelle, l’attraction des investissements et le développement de talents de direction; concevoir des cadres stratégiques qui tiennent compte de l’interaction entre les prix, la réglementation, l’accès, l’investissement et la capacité d’innovation; et mettre en place des mesures incitatives différenciées pour les entreprises véritablement enracinées au Canada.

L’objectif n’est pas simplement de répondre à la politique MFN ou de traverser une période commerciale difficile. Il s’agit de faire en sorte que le Canada sorte de cette période avec une industrie des sciences de la vie plus forte, plus souveraine et plus concurrentielle à l’échelle mondiale : une industrie qui découvre, développe, fabrique et livre la prochaine génération de thérapies et de technologies de la santé, attire des investissements internationaux durables, fait croître des entreprises canadiennes et génère des retombées économiques bénéfiques pour nos patients, notre économie et notre avenir.

 

 

 

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